Lucas AYMERY

le vieux maître chante encore dans le vent
pastel à l'huile sur papier
104 x 75 cm, 2022

gardien de la voie
pastel à l'huile sur papier
150 x 113 cm, 2022

bercé par la rivière
pastel à l'huile sur papier
113 x 150 cm, 2022

tenter l'horizon
pastel à l'huile sur papier
189 x 60 cm, 2022

faire le vide
pastel à l'huile sur papier
90 x 146 cm, 2022

en famille
pastel à l'huile et encre de Chine sur papier
71,5 x 48 cm, 2023

danser pour les hauteurs
pastel à l'huile et encre de Chine sur papier
68,5 x 100 cm, 2023
Portraits d’Arbres
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Prenons le pouls de la forêt. Sentons sa pulsation profonde.
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Quand je commence à dessiner un arbre, très vite je doute. Je doute que je suis en train de dessiner un arbre. C’est lui qui a pris le relais. Il se dessine, lui, à travers moi. C’est lui qui décide d’envoyer une branche par ici, de contourner cette autre. C’est lui qui me donne une leçon d’équilibre, une leçon d’ancrage. Je ne « fais » pas un arbre, je me fais arbre, je pousse avec lui. Je suis invité dans un être, dans un monde, où je serai toujours un peu un étranger. Fondu dans le végétal, j’en entrevois certains réflexes, certaines manières d’être vivant, et sans vouloir les comprendre vraiment, je les vis.
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Au moment de poser le premier trait sur la feuille blanche, le vertige est immense ; peut-être comparable à ce que doit ressentir la graine qui décide de germer. Maintenant, je fais le choix définitif de grandir ici et d’occuper l’espace qui s’offre à moi. Je ne reviendrai pas en arrière, je le sais, chaque bourgeon à éclore est la promesse d’une branche, le rêve de milliers de fleurs pour les printemps à venir. En poussant bien-sûr je peux encore me tordre, me glisser ici ou là, il n’y a pas vraiment de limite à mon déploiement, mais mon cœur, mon centre profond, restera à tout jamais à l’endroit exact où j’ai germé.
Sait-on seulement où s’arrête la racine et où commence la branche ? Ce qui les distingue ? C’est ici peut-être que se cache le secret de ce qui incite les arbres à pousser. C’est dans ce premier trait que je m’évade pour germer et pousser avec eux.
Depuis ce cœur vibrant, j’étends mes racines, à travers la terre, à travers la roche, rien ne m’arrête, et en même temps j’étire mes branches, je déploie mon feuillage, lentement, bourgeon après bourgeon, vers l’immensité autour de moi. Je ne cherche que la lumière et elle est là, partout, dans le vide immense du papier. Alors je peux montrer mes détours, mes hésitations, mes ruptures et mes fulgurances, je peux les étaler à travers la feuille, même bien au-delà des bords.
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Peut-être que se faire arbre, s’enraciner pour mieux envoyer là-haut la sève porteuse de vie, c’est un chemin pour recueillir la parole précieuse des Arbres. Ré-apprendre à l’écouter.
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Venez donc avec moi, et laissons nous conter leurs histoires. Voyons leurs troncs craquelés, leurs branches parfois élancées, immenses et sûres d’elles-mêmes, ces autres tortueuses, hésitantes, qui pourtant ne renoncent jamais. Ils portent leur histoire dans leur structure, inscrite dans leurs corps. Lisons tout ce qu’ils ont à nous enseigner…
N’oublions pas qu’ils tirent leur vitalité, leurs défis à la gravité, des entrailles mêmes de la Terre autant que de l’Air, de l’Eau et du Soleil. Ils sont le trait d’union, celui par qui l’équilibre se fait.
De l’invisible au visible, et vice-versa.
Allers-retours éternels, souffle immuable.
